Reforestation par drones : comment MORFO plante 100 fois plus vite

Hugo Asselin - Co-fondateur de MORFO

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Reforestation par drones : comment MORFO plante 100 fois plus vite

Planter des arbres à la main ne suffira jamais à l’échelle du problème : le monde s’est engagé à restaurer un milliard d’hectares de terres dégradées d’ici 2030, une surface équivalente à la Chine. À la main, un humain reboise environ un demi-hectare par jour. Un drone de MORFO en couvre une cinquantaine. Cette startup française, cofondée par Hugo Asselin, utilise drones, IA et biologie pour reforester à grande échelle des écosystèmes tropicaux dégradés. On regarde comment ça marche vraiment – au-delà du geste symbolique de « planter un arbre ».

Comment fonctionne la reforestation par drones ?

La reforestation par drones ne consiste pas à jeter des graines depuis le ciel. C’est une chaîne complète : analyser le terrain, sélectionner les bonnes essences, encapsuler les semences, les disperser par drone, puis suivre la repousse dans le temps.

MORFO commence par une collecte de données par drone et imagerie satellite pour cartographier la zone et sa biodiversité. À partir de là, l’entreprise sélectionne des essences natives, testées au préalable en laboratoire, puis les intègre dans des capsules biodégradables contenant les éléments biologiques et nutritifs nécessaires à la germination. Ces capsules sont dispersées par drone – jusqu’à 180 par minute -, avant un suivi a posteriori de la biomasse, de la biodiversité et du carbone stocké, toujours par drone et satellite.

La technologie combine ainsi encapsulation de semences, microbiologie, vision par ordinateur et intelligence artificielle. L’IA ne « comprend » pas la forêt : elle traite les images pour identifier les espèces, définir les cibles et optimiser le nombre de graines à larguer. C’est de l’ingénierie appliquée, pas de la magie.

Pourquoi utiliser des drones plutôt que la plantation manuelle ?

Parce que le facteur limitant de la reforestation n’est pas la volonté, c’est le passage à l’échelle. Un drone couvre environ 50 hectares par jour contre 0,5 pour un humain, soit une plantation jusqu’à 100 fois plus rapide.

Le rythme mondial de reforestation se compte en quelques millions d’hectares par an, très loin des objectifs. À la main, l’équation est impossible : ni assez de bras, ni assez de temps. C’est là que la technologie change la donne – non pour remplacer les écologues et les forestiers, mais pour leur donner un outil de déploiement massif là où le terrain est difficile d’accès.

MORFO a été fondée en 2021 par Adrien Pagès et les frères Hugo et Pascal Asselin, qui ont grandi en Guyane et y ont vu de près les ravages de l’orpaillage – une mine, c’est un trou dans la forêt. L’entreprise, qui a levé 4 millions d’euros en 2023, a mené des projets en Amérique latine et en Afrique équatoriale, jusqu’à un chantier emblématique de revégétalisation à Rio de Janeiro avec la mairie de la ville.

La reforestation par drones est-elle vraiment efficace ?

Elle est prometteuse à condition de ne pas la réduire au largage de graines. Ce qui fait la différence, c’est la sélection d’espèces natives et le suivi dans la durée, pas le nombre de semences dispersées.

Le vrai test d’un projet de reforestation ne se mesure pas le jour du semis, mais des années après : les arbres ont-ils poussé, l’écosystème s’est-il reconstitué, la biodiversité est-elle revenue ? C’est précisément pour ça que le monitoring fait partie intégrante de la méthode. Disperser vite ne sert à rien si le taux de reprise est faible ; l’enjeu est de planter vite et bien, avec les bonnes essences, au bon endroit.

C’est une approche d’ingénieurs appliquée à un problème écologique : mesurer, modéliser, déployer, contrôler. La reforestation ne se sous-traite pas à un drone comme on lance une imprimante. Mais bien utilisée, la technologie rend possible une échelle qui restait hors de portée. Et c’est exactement ce dont la restauration des forêts a besoin.

Pour aller plus loin

Sur la technologie française au service de l’environnement et de l’industrie, deux épisodes prolongent celui-ci : Feux de forêt : la France se bat avec la mauvaise arme et Exotec : comment une startup lilloise est devenue la première licorne industrielle française ?

Pourquoi cet épisode compte

MORFO illustre une idée simple : face à un problème d’échelle, la technologie n’est pas un gadget, c’est la condition du passage à l’acte. Pour un ingénieur, l’intérêt n’est pas « des drones qui plantent des arbres », mais la chaîne complète de mesure, de sélection et de suivi qui transforme un geste symbolique en opération industrielle vérifiable.

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equipe de personne et un drone

La BIO de l'invité

Hugo Asselin est cofondateur de MORFO, startup française créée en 2021 avec son frère Pascal Asselin et Adrien Pagès. Ayant grandi en Guyane, les frères Asselin ont été marqués par les dégâts de la déforestation liée à l’orpaillage. MORFO restaure à grande échelle des écosystèmes forestiers tropicaux et subtropicaux dégradés, en combinant drones, intelligence artificielle, vision par ordinateur et encapsulation de semences.

Écrit par Matthieu Poulain, Planète Ingénieur · LinkedIn · 5 min de lecture

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