1 200 salariés. 200 sites clients dans le monde. 300 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et une valorisation à 2 milliards de dollars. Exotec n’est pas juste une licorne française – c’est la première licorne industrielle du pays. Là où les autres ont bâti leur milliard sur du logiciel, Romain Moulin et Renaud Heitz l’ont fait avec des robots de 30 kg qui escaladent des racks de 14 mètres de haut. Depuis Lille. En fabriquant en France.
Romain Moulin, CEO et cofondateur d’Exotec, entreprise française de robotique logistique basée à Wasquehal (métropole lilloise), revient sur dix ans de construction d’un champion industriel mondial.
L'épisode complet est disponible ici :
Comment fonctionne le robot Skypod d'Exotec ?
Le Skypod est un robot mobile autonome capable de se déplacer en trois dimensions dans un entrepôt – au sol, entre les allées et en grimpant sur les racks de stockage jusqu’à 14 mètres de haut pour récupérer les bacs contenant les produits commandés.
Concrètement, au lieu de faire marcher un préparateur de commandes 15 km par jour entre des rayonnages, le robot lui rapporte directement les articles. Résultat : une productivité multipliée par cinq et une ergonomie de travail transformée.
On n'a pas fait des robots 2D, on a fait des robots 3D. On a rajouté cette fonction qui est d'arriver à monter sur les racks, ce qui fait des robots plus petits, des robots qui vont plus vite, des densités de stockage supérieures
explique Romain Moulin.
L’idée est née d’un signal du marché. En 2010, Amazon rachète Kiva Systems, pionnier des robots d’entrepôt au sol. En 2014, Amazon décide de garder la technologie pour lui et de ne plus la vendre. Romain et Renaud y voient un trou béant dans le marché – et décident de faire mieux.
Pourquoi Exotec est la première licorne industrielle française ?
Exotec est devenue en janvier 2022 la première startup industrielle française valorisée à plus d’un milliard de dollars, après une levée de 335 millions de dollars menée par Goldman Sachs et Bpifrance. Sa valorisation atteint alors 2 milliards de dollars.
Ce qui rend ce statut exceptionnel, c’est que toutes les autres licornes françaises étaient des entreprises de logiciel. Exotec fabrique du hardware – des robots physiques assemblés près de Lille, dans un nouveau siège de 25 000 m² inauguré début 2026.
La vie d'une boîte, ce n'est pas d'être valorisé. La vie d'une boîte, c'est de signer des clients et de rendre les clients contents
tempère Romain Moulin.
La clé de la réussite à l’export ? Une structure pensée dès le départ pour l’international. Exotec compte des bureaux à Atlanta (150 personnes), Tokyo (70), Munich (70) et Lille (250). Chaque entité locale parle la langue et la culture de ses clients – Decathlon, Uniqlo, Gap, Carrefour, PepsiCo. Le tout connecté par une culture d’entreprise commune, rédigée avant même la création de l’entreprise.

Comment construire une licorne hardware en France ?
La réponse de Romain Moulin tient en trois principes. D’abord, ne pas se tromper de produit. Le premier client d’Exotec – Cdiscount, en 2016 – a acheté le produit tel que les fondateurs voulaient le faire. Pas un projet sur-mesure. Un produit.
« Ils ont acheté un PowerPoint. Merci pour la confiance », sourit Romain Moulin.
Ensuite, appliquer dès le premier jour des standards de qualité industrielle élevés. Romain et Renaud avaient travaillé chez General Electric Medical. Ils en ont importé les process – notamment la part review, un contrôle systématique avant toute mise en fabrication.
En hardware, si vous sortez un truc le plus tôt possible et qui est tout pourri, c'est vraiment un furoncle qui va vous durer dix ans.
Enfin, recruter avec une exigence inflexible. Exotec a mis en place dès le départ l' »ExoTest » – un exercice technique donné à chaque candidat.
Vaut mieux personne que pas la bonne personne. Ne rentrez pas des gens où vous n'êtes pas sûr, parce que sinon c'est mort.
Pourquoi fabriquer des robots en France et pas en Chine ?
Exotec emploie 70 % de ses ingénieurs R&D sur du logiciel et 30 % sur du hardware. Le robot n’est que le véhicule – la valeur est dans les algorithmes qui synchronisent la flotte, optimisent les trajectoires et orchestrent les commandes.
Nos investisseurs disent : les ingénieurs français, c'est le joyau caché. Il y a des mathématiques assez avancées, des algorithmes assez avancés, et l'ingénierie à la française avec des gros matos, c'est vraiment utile
rapporte Romain Moulin.
Le coût de la main d’oeuvre n’est pas le facteur déterminant. Ce qui compte, c’est la qualité d’assemblage, la vitesse de production et la performance finale du robot. Sur un marché estimé entre 20 et 30 milliards de dollars, avec des systèmes déployés chez les clients pour 10 à 15 ans, la robustesse prime sur le prix unitaire.
C’est un argument puissant pour la réindustrialisation française : sur des machines à haute valeur ajoutée logicielle, produire en France est un avantage compétitif, pas un handicap.
Les robots humanoïdes vont-ils remplacer les robots d'entrepôt ?
Non. Et Romain Moulin est catégorique. Un entrepôt robotisé ne ressemble pas à un entrepôt manuel avec des robots à la place des humains. Il ressemble à une usine – une machine de production de commandes optimisée pour chaque tâche.
Je ne vais pas mettre un humanoïde à la place d'un opérateur qui n'a besoin que d'un bras. Utiliser un facteur de forme humain pour faire un job de machine, ça n'a juste pas de sens.
L’analogie automobile est parlante : personne ne mettrait quatre humanoïdes pour porter un pare-brise. On met un robot KUKA adapté à la tâche. Les humanoïdes auront leur place dans des environnements conçus pour les humains – domicile, hôpitaux. Pas dans un process industriel optimisé.
L’humain, lui, garde toute sa place dans l’entrepôt robotisé. Sur le picking, l’emballage, les vérifications qualité – toutes les opérations à valeur ajoutée où la dextérité et le jugement humain restent supérieurs. Le vrai enjeu : l’ergonomie des postes, pour que les gens restent.

Pourquoi cette épisode compte ?
Exotec prouve qu’on peut bâtir une licorne industrielle depuis la France, en fabriquant du hardware, en recrutant des ingénieurs français et en exportant dans le monde entier. À l’heure où la souveraineté industrielle est sur toutes les lèvres mais rarement dans les actes, le parcours de Romain Moulin montre ce que ça prend concrètement : une vision produit inflexible, des standards de qualité non négociables et une culture d’entreprise pensée avant même le premier robot.
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