Wandercraft : des exosquelettes aux humanoïdes industriels pour Renault

10 ans pour maîtriser l’équilibre d’un robot bipède. 40 jours pour construire le premier prototype d’humanoïde industriel. Wandercraft, deeptech française fondée en 2012, a d’abord redonné la marche à 2 500 patients avec ses exosquelettes Atalante. En 2025, Renault entre au capital et commande 350 robots Calvin-40 pour ses usines. Une bascule stratégique radicale.

Fabien Expert est CTO Hardware de Wandercraft. Plus de 10 ans de maison. Il a vu l’entreprise passer de moins de 10 personnes à 140. Dans cet épisode de Planète Ingénieur – le podcast qui donne la parole aux ingénieurs et dirigeants de l’industrie française – il raconte ce que les vidéos ne montrent pas : le vrai état de la robotique humanoïde, les briques techniques manquantes et la guerre des talents face aux géants américains et chinois.

L'épisode complet est disponible ici :

Comment Wandercraft est passé de l'exosquelette médical au robot humanoïde industriel ?

Wandercraft – startup française de robotique basée à Paris, spécialisée dans les exosquelettes de rééducation et les humanoïdes industriels – a pivoté vers l’industrie automobile après l’entrée de Renault à son capital en juin 2025. Le lien entre les deux activités : une expertise rare sur la locomotion bipède, la brique technologique la plus difficile de la robotique humanoïde.

Le déclencheur est venu du cofondateur Jean-Louis Constanza, qui anticipait le partenariat deux ans avant qu’il se concrétise. Fabien Expert se souvient :

Il disait : le but, ça va être de faire un partenariat avec une entreprise de l'automobile, parce qu'ils ont un besoin, ils ont un problème de main d'oeuvre, et Wandercraft pourrait être l'entreprise qui fait ça.

Côté équipes, le pivot a demandé de l’explication. Beaucoup d’ingénieurs étaient venus pour la mission médicale. Mais la direction a posé un cadre clair : l’activité médicale ne disparaît pas. Les moyens supplémentaires financent les deux volets. Aujourd’hui, la R&D se répartit 50/50 entre le médical et les humanoïdes. L’entreprise a recruté, restructuré, créé des équipes transverses qui n’existaient pas. Pas de départs liés au pivot, selon Fabien Expert, mais un NPS interne qui a connu un creux avant de remonter.

Qu'est-ce que le Calvin-40, le robot humanoïde de Wandercraft et Renault ?

Le Calvin-40 est un robot humanoïde industriel développé par Wandercraft en partenariat avec Renault, conçu pour effectuer des tâches physiques pénibles et répétitives sur les chaînes de production automobile. Son nom vient de ses 40 jours de développement pour le premier prototype.

Le robot pèse près de 100 kilos. Il transporte des charges d’un point A à un point B dans un environnement contrôlé – une usine, pas un domicile. C’est une différence majeure avec les vidéos de Tesla Optimus ou des humanoïdes chinois qui montrent des robots « généralistes ».

Fabien Expert insiste sur cette approche :

On est très sûr de nous à Wandercraft que c'est une meilleure approche de dire on va essayer de faire des use cases spécifiques pour des applications qui sont bornées.

Faire un robot qui fait tout chez les gens, c’est encore à des années. Multiplier les cas d’usage industriels précis pour rendre le robot fiable et répétable – c’est la stratégie Wandercraft.

L’ambition de production est concrète : passer de 5 robots par mois à 1 robot par jour d’ici deux ans. Pour ça, l’expertise industrielle de Renault est un levier décisif – design-to-cost, one piece flow, structuration de la supply chain.

calvin 40

Où en est vraiment la robotique humanoïde en 2026 ?

La robotique humanoïde est encore à plusieurs années d’une commercialisation fiable à grande échelle, malgré les vidéos spectaculaires des acteurs américains et chinois. Boston Dynamics elle-même estime qu’aucun robot humanoïde ne sera réellement commercialisé avant 2028.

C’est l’un des moments les plus francs de l’interview. Fabien Expert rapporte :

J'étais à une conférence en Allemagne et la responsable produit de Boston Dynamics a un peu dit comme discours : à l'heure actuelle, tout le monde fait des vidéos. Très bien. Il n'y aura pas un seul robot commercialisé avant 2028.

Le fossé technique entre un exosquelette et un humanoïde autonome est massif. Wandercraft maîtrise la locomotion bipède – 10 ans de travail. Mais pour un humanoïde industriel, il faut ajouter trois briques que l’entreprise n’avait pas : la compréhension de l’environnement, la dextérité des mains (un problème non résolu dans l’industrie) et l’intégration de l’IA – reinforcement learning, imitation learning, world models.

L’exigence numéro un des industriels comme Renault, ce n’est pas la performance spectaculaire. C’est la fiabilité. Le robot doit tourner deux ou trois fois huit heures par jour, des semaines, des mois, sans panne. Fabien Expert le résume : 

Le point numéro un qui revient quand on parle de faire un robot humanoïde qui va dans une usine, c'est il faut qu'il soit fiable et il faut qu'il soit sûr.

La France peut-elle rivaliser avec la Chine et les États-Unis sur les humanoïdes ?

La France et l’Europe disposent d’équipes académiques et industrielles de premier plan en robotique, mais doivent jouer sur leurs forces – fiabilité, sécurité, réglementation – plutôt que tenter de copier le modèle chinois de production en très grande série.

En Chine, les usines « lumières éteintes » – entièrement automatisées – existent déjà, sans forcément des humanoïdes. Les États-Unis investissent massivement avec Tesla, Figure AI, Apptronik. L’Europe a un champion avec 1X Technologies (Norvège) et maintenant Wandercraft en France.

La position de Fabien Expert est lucide : 

Si on part perdant, quoi qu'il arrive, de toute façon il se passera rien.

Il cite l’échec français sur le photovoltaïque et le risque de répéter le scénario sur les véhicules autonomes. La robotique humanoïde ne doit pas être le prochain rendez-vous manqué.

Mais il pointe aussi une carte à jouer pour l’Europe : la sécurité et la fiabilité. « Est-ce qu’elle devrait dire : moi, je vais faire des robots humanoïdes qui sont fiables, qui sont respectables, qui ne sont pas dangereux pour les gens autour ? Probablement, parce que mes principaux rivaux ont l’air de moins considérer ça comme important. »

Le soutien des pouvoirs publics reste un sujet. Wandercraft a bénéficié d’appels à projets gouvernementaux et de la visibilité apportée par Emmanuel Macron – qui avait promis deux exosquelettes dans chaque département. Mais la course aux humanoïdes « demandera des fonds pour vraiment dégager des champions », reconnaît Fabien Expert. La souveraineté industrielle, sujet récurrent dans l’industrie française et la deeptech, se joue aussi sur ce terrain.

Comment Wandercraft attire et garde ses ingénieurs face à la Silicon Valley ?

Wandercraft fait face à une guerre des talents intense, non seulement avec les entreprises de robotique humanoïde mais aussi avec l’ensemble du secteur de l’IA, où les spécialistes en reinforcement learning ou en vision sont chassés par les géants tech à des salaires deux à dix fois supérieurs.

L’entreprise a revu sa grille de salaires à la hausse, notamment sur les profils logiciels et IA. Mais Fabien Expert mise avant tout sur d’autres leviers : la mission, l’environnement de travail et l’attractivité de Paris.

Je suis convaincu que le salaire n'est quand même pas tout. Si on contribue à faire sentir aux gens qu'ils continuent à apprendre des choses, qu'ils ont un équilibre de vie qui leur convient et des challenges techniques qui leur plaisent, il y a beaucoup de gens chez qui c'est un message qui marche.

Il observe aussi un effet inattendu : la politique américaine pousse certains talents internationaux vers l’Europe. « Le président américain nous fait un peu du bien parce qu’il a beaucoup de détracteurs, et il y a des étrangers qui se disent : je ne suis pas sûr du tout d’être le bienvenu. »

Le revers : les concurrents identifient Wandercraft comme un vivier. « On voit d’un coup une entreprise externe qui va faire un badge de recrutement chez des anciens de chez nous. C’est ciblé. »

article wandercraft

Pourquoi cette épisode compte ?

Wandercraft incarne un cas concret de réindustrialisation française : une deeptech qui maîtrise une technologie de pointe (la locomotion bipède), trouve un partenaire industriel majeur (Renault) et tente de rivaliser avec les géants américains et chinois. L’épisode pose des questions que tout dirigeant industriel doit se poser : comment pivoter sans perdre son ADN, comment garder des talents face à la Silicon Valley, et surtout – où en est réellement la robotique humanoïde derrière les vidéos de démonstration.

Vous dirigez une entreprise industrielle ou deeptech. Votre technologie est supérieure. Mais vos cycles de vente sont trop longs, vos postes restent ouverts, vos investisseurs ne comprennent pas ce que vous faites.

C'est un problème de visibilité.

Chez Planète Ingénieur, on travaille avec des dirigeants industriels et deeptech pour rendre leur expertise lisible par ceux qui comptent - clients, talents, investisseurs - avec du contenu structuré.

À propos de Planète Ingénieur

Planète Ingénieur, c’est le média qui rend les industriels visibles. Le podcast industrie française de référence, avec plus de 100 interviews de dirigeants, fondateurs et experts de l’industrie et de la deeptech française. 57 000 ingénieurs et décideurs techniques suivent nos contenus chaque semaine sur LinkedIn et YouTube.

Vous êtes dirigeant industriel ou fondateur deeptech et vous voulez partager votre vision ? Vous voulez associer votre marque à un podcast ingénieur suivi par les décideurs de la communication industrielle B2B ? Contactez Matthieu Poulain directement sur LinkedIn ou via le formulaire de contact.

L'essentiel de la deeptech en 3 min !

Chaque semaine : les insights actionnables des dirigeants qui recrutent, lèvent et gagnent des marchés - plus les opportunités réseau entre pairs industriels !

Gratuit - 1500 lecteurs - Désincription en 1-clic