Le 23 juin 2026, une commission du Parlement européen a voté un texte que presque personne n’a vu passer. Son nom : l’euro numérique. La Banque centrale européenne le présente comme une évidence – une monnaie publique, gratuite, souveraine, pour ne plus dépendre de Visa et Mastercard. Mais derrière la promesse, il y a des choix très concrets : un plafond de détention, des transactions traçables, une infrastructure inédite. Vadim Asadov, président du Parti libertarien, pose une question que le débat évite : résout-on le bon problème, et à quel prix pour la souveraineté des citoyens ?
L'épisode complet est disponible ici :
L'euro numérique, c'est quoi concrètement ?
L’euro numérique est un portefeuille de monnaie émis directement par la Banque centrale européenne, utilisable en ligne et hors ligne pour payer au quotidien. Pour l’utilisateur, régler une baguette avec ce portefeuille ne changerait presque rien par rapport à une carte bancaire sur téléphone.
Le changement est sous le capot. Aujourd’hui, votre argent est détenu via une banque commerciale. Avec l’euro numérique, le compte est adossé directement à la banque centrale.
Ça veut dire que votre argent, il n'est plus dans une banque contrôlée par l'État, il est directement dans la poche de la BCE.
Vadim Asadov
Ce n’est ni une cryptomonnaie ni un nouvel euro. C’est une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) – une version publique et centralisée de la monnaie, à ne pas confondre avec les crypto-actifs décentralisés comme le Bitcoin.
Pourquoi un plafond de 3000 euros sur l'euro numérique ?
Le plafond de détention envisagé, situé autour de 3000 euros par personne, sert d’abord à protéger les banques commerciales. Sans limite, les épargnants pourraient vider leurs comptes bancaires pour placer leur argent auprès de la BCE, jugée plus sûre, ce qui assécherait le crédit.
Si je détiens l'argent et mes fonds sont garantis par la BCE, alors que l'argent que j'ai sur mon compte bancaire appartient à la banque.
Vadim Asadov
L’euro numérique devient alors plus attractif – donc on le bride pour ne pas tuer les banques privées. Le montant n’est pas figé. Le texte prévoit une révision du plafond, à la hausse comme à la baisse, tous les deux ans. Le chiffre de 3000 euros fait encore l’objet de négociations entre le Parlement, le Conseil et la BCE.
L'euro numérique menace-t-il la souveraineté individuelle ?
Selon Vadim Asadov, l’euro numérique déplace la souveraineté vers la BCE plutôt que vers le citoyen. L’objectif officiel est la souveraineté monétaire européenne face à Visa et Mastercard. Le risque, pour lui, est ailleurs : un outil qui permet de tracer et de bloquer les transactions.
L’infrastructure repose sur des intermédiaires financiers qui appliquent le KYC (Know Your Customer – la procédure d’identification obligatoire du client).
La BCE, peut-être, pourra pas savoir dans l'immédiat qui a fait la transaction. Par contre, via les intermédiaires, elle pourra savoir qui l'a fait.
Vadim Asadov
Matthieu Poulain oppose l’argument évident : cette surveillance existe déjà. Payez par carte, et Visa ou Mastercard voient tout. Une banque peut déjà couper l’accès à un compte. Vadim Asadov le reconnaît, mais distingue un risque existant d’un risque amplifié : « Il y a toujours une différence entre avoir un petit risque et augmenter aussi le risque. »
Il ajoute un point qui parle aux entrepreneurs : la facturation électronique obligatoire, qui tracera en temps réel toutes les transactions entre entreprises. Même logique que l’euro numérique, appliquée au B2B.
Faut-il avoir peur de l'euro numérique ?
Dans son état actuel, l’euro numérique changerait peu le quotidien, mais il ouvre un potentiel de restriction que Vadim Asadov juge élevé. Sa ligne rouge se situe le jour où l’usage devient contraint : réduction du cash, versement des salaires ou des allocations en euro numérique pour généraliser le dispositif.
On estime que ça coûtera entre 4 et 30 milliards d'euros pour mettre en place cette infrastructure.
Vadim Asadov
La fourchette réelle documentée est plus resserrée : la BCE table sur 4 à 5,8 milliards d’euros côté banques, tandis que le cabinet PwC avait avancé une estimation d’environ 18 milliards pour le secteur bancaire.
Sa position n’est pas de favoriser un stablecoin en euros contre le dollar, mais de laisser la concurrence privée opérer. Moins de réglementation en amont, plus d’innovation réelle : c’est là qu’il situe le potentiel de la France et de l’Europe. Un point qui rejoint le débat plus large sur la réindustrialisation et la capacité européenne à innover avant de normer.
Pourquoi cet épisode compte ?
L’euro numérique n’est pas un sujet technique réservé aux banquiers. C’est une décision d’infrastructure qui touchera chaque citoyen et chaque entreprise de la zone euro. Pour un dirigeant industriel ou un fondateur deeptech, l’enjeu est double : la traçabilité des transactions B2B via la facturation électronique, et la question plus large de la souveraineté monétaire européenne. Comprendre le dossier maintenant, avant le vote en plénière, c’est peser sur un débat encore ouvert.
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