Encapsulation CO2 supercritique : Biotech One réinvente la pharma

440 000 euros de fonds propres. Trois ans de mise au point. Un brevet. Et une conviction : l’encapsulation – cette étape critique qui protège et délivre un médicament dans le corps – est l’angle mort de l’industrie pharmaceutique. Fabien Balme, ingénieur de formation et président de Biotech One, startup deeptech française basée à Marseille, a quitté 20 ans de carrière dans l’énergie pour industrialiser un procédé au CO2 supercritique capable de stabiliser les vaccins ARNm sans chaîne du froid. Et il travaille déjà avec l’INSERM sur des traitements anticancéreux.

L'épisode complet est disponible ici :

Qu'est-ce que l'encapsulation au CO2 supercritique ?

L’encapsulation au CO2 supercritique est un procédé qui utilise le dioxyde de carbone porté au-delà de 32°C et 80 bars – un état où il possède à la fois la densité d’un liquide et la diffusivité d’un gaz – pour enrober des molécules fragiles dans des nanoparticules de taille parfaitement homogène.

Concrètement, le CO2 supercritique n’est ni solide, ni liquide, ni gazeux. C’est un quatrième état de la matière. Et ses propriétés physiques en font un outil redoutable pour l’encapsulation, l’extraction ou la stérilisation.

Biotech One exploite ce procédé en millifluidique – des tubes millimétriques dans lesquels le mélange entre la molécule active et son enveloppe protectrice se fait très rapidement sous pression. Résultat : des particules de taille uniforme, une stabilité accrue, et zéro solvant.

Le CO2 supercritique, c'est un procédé propre, compétitif, qui a vocation à remplacer des procédés industriels polluants qui utilisent des solvants

Pourquoi l'encapsulation est-elle un enjeu clé pour les traitements à ARN messager ?

L’encapsulation détermine directement la conservation, la stabilité et l’assimilation des médicaments dans le corps. Sans encapsulation maîtrisée, un traitement prometteur peut ne jamais atteindre sa cible thérapeutique.

L’ARN messager – la technologie qui a permis les vaccins Covid – est une molécule extrêmement fragile. Aujourd’hui, les méthodes d’encapsulation classiques produisent des tailles de particules hétérogènes. Ce qui oblige à stocker les vaccins à -80°C.

Fabien Balme l’explique avec une image simple :

Il faut imaginer comme un sac de billes. Si c'est hétérogène, ça va bouger, ça va être instable. Pour le stabiliser, la meilleure façon c'est moins 80 degrés.

La promesse de Biotech One : des particules homogènes qui rendraient le vaccin conservable dans un simple frigo. « On pourrait, si on collabore avec Pfizer, en quelques mois de recherche, stabiliser leur vaccin pour qu’il soit conservable à une température dans un simple frigo. »

L’enjeu dépasse les vaccins. Biotech One travaille avec l’INSERM sur des traitements anticancéreux à base d’ARN messager. L’équipe a déjà démontré des résultats significatifs sur le docétaxel – un anticancéreux de référence – en améliorant les taux d’encapsulation et la stabilité.

homme tournage

Comment Biotech One veut remplacer la microfluidique dans les labos pharma ?

Biotech One a développé EncapX®, un automate de production continue de nanoliposomes qui remplace les équipements de microfluidique – la technologie dominante dans les labos de R&D pharma et cosmétique – par un procédé sans encrassement, sans consommables à changer et scalable vers l’échelle industrielle.

La microfluidique, c’est le standard actuel. Mais elle a deux défauts majeurs. Les microtubes s’encrassent. Et le procédé reste cantonné à l’échelle labo – difficile à porter vers la production industrielle.

Il y avait un équipement concurrent à 100 000 euros qui était dans un coin, inutilisé, parce que les tubes s'encrassaient

aconte Fabien Balme.

Et après, il faut racheter des éléments. Nous, il n'y a aucun problème d'entretien.

Le business model est clair : Biotech One mène d’abord une étude de faisabilité pour caractériser les conditions optimales d’encapsulation de la molécule du client. Puis le labo achète la machine. La première unité a été vendue et sera livrée dans les semaines qui viennent.

Pourquoi un ingénieur de l'énergie parie sur la deeptech pharmaceutique ?

Fabien Balme a passé 15 ans dans l’industrie de l’énergie avant de basculer dans l’entrepreneuriat il y a 10 ans. Son épouse, Elisabeth Badens, est professeur à l’Université d’Aix-Marseille et co-inventrice du brevet déposé par Biotech One – une experte reconnue du CO2 supercritique.

C’est de cette complémentarité qu’est née la startup. « Elle est passionnée par la recherche fondamentale. Moi, je suis dans l’industrie, dans le privé. C’est complémentaire. »

Ce que Fabien apporte, c’est le pragmatisme industriel. « Au niveau académique, on est sur le barreau deux ou trois de l’échelle. Mais après, il faut en faire quelque chose de scalable, qui répond aux attentes de l’utilisateur final industriel. »

Levée de fonds bouclée avec la Région Sud et Quatre Création (filiale du Crédit Agricole). Un salarié. Un projet Horizon Europe en lauréat pour une deuxième application : l’extraction d’ingrédients à partir de microalgues sans solvant ni séchage. La bioraffinerie du futur, en somme.

Pour être entrepreneur, faut être un peu fou"

admet Fabien Balme. « Je suis convaincu qu’on a presque tout ce qu’il faut en France. On a l’éducation et les cerveaux. La difficulté, c’est le transfert de techno.

homme blanc

Pourquoi cette épisode compte ?

L’encapsulation est un verrou technologique silencieux qui conditionne l’arrivée de traitements ARN messager jusqu’au patient. Biotech One illustre un cas concret de souveraineté industrielle française : un brevet, une machine fabriquée en France, un savoir-faire issu de la recherche académique d’Aix-Marseille porté vers le marché. C’est aussi l’histoire d’un ingénieur qui finance de sa poche le transfert de technologie que les institutions peinent à accélérer. Pour tout dirigeant industriel ou fondateur deeptech, c’est un cas d’école sur le passage du labo au produit.

Vous dirigez une entreprise industrielle ou deeptech. Votre technologie est supérieure. Mais vos cycles de vente sont trop longs, vos postes restent ouverts, vos investisseurs ne comprennent pas ce que vous faites.

C'est un problème de visibilité.

Chez Planète Ingénieur, on travaille avec des dirigeants industriels et deeptech pour rendre leur expertise lisible par ceux qui comptent - clients, talents, investisseurs - avec du contenu structuré.

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