Par Matthieu Poulain, Planète Ingénieur · 8 min de lecture
Article rédigé avec l’assistance d’une IA, à partir de l’épisode, d’un dossier de faits et des sources liées dans le texte.
La France compte 15 unités de dessalement, dont 7 pour l’eau potable, toutes sur des îles. La plus grande ne produit pas 10 000 m³ par jour, relève l’Inspection générale de l’environnement (IGEDD) dans son rapport de juillet 2025. L’usine d’El Prat, à Barcelone, construite par Suez entre 2007 et 2009, en produit 200 000. Suez revendique 260 usines de dessalement dans le monde. Pourquoi une usine de dessalement en France reste-t-elle l’exception, et que changent les sécheresses ?
L’épisode complet est disponible ici :
Pourquoi la France a-t-elle si peu d'usines de dessalement ?
Parce que son eau douce est abondante et moins chère à traiter : le dessalement y est aujourd’hui traité en dernier recours. Avec 3 262 m³ par habitant et par an, la France reste au-dessus du seuil de stress hydrique, fixé à 1 700 m³ (IGEDD, d’après le Centre d’information sur l’eau). L’Espagne, qui comptait 765 usines de plus de 100 m³/jour en 2023, a un plan national. Le Maroc aussi. L’IGEDD note que ces deux pays subissent un stress hydrique plus fort.
Selon une enquête de l’ANEL citée par l’IGEDD, 90 % des communes littorales n’y voient pas une solution à court ou moyen terme. Aux Sables-d’Olonne, une mini-station de 40 m³ par jour, pour des usages municipaux non potables, était annoncée pour l’été 2026 [À VÉRIFIER : relayé par Breizh-info d’après Ouest-France du 22/04/2026, source primaire non lue].
Le contexte se tend. France Stratégie évalue à 88 % la part du territoire hexagonal en tension modérée ou sévère en été d’ici 2050, sans inflexion des tendances (25 juin 2025). Le ministère de la Transition écologique jugeait la situation de l’été 2026 « analogue, voire plus sévère » que celle de 2022 (instruction du 3 juillet 2026). Et les pollutions renchérissent l’eau conventionnelle : l’osmose inverse élimine 98 à 99 % des PFAS, que les filières classiques devront traiter à part. L’IGEDD propose donc de passer du dernier recours à un élément du mix, après la sobriété et la chasse aux fuites.
Combien coûte l'eau dessalée par rapport à l'eau du robinet ?
Pour une très grande usine en métropole, l’IGEDD estime « à dire d’experts » un coût d’au moins 0,7 € par m³, contre 0,2 à 0,4 € pour les eaux conventionnelles. Cette estimation vaut pour environ 200 000 m³ par jour, hors foncier et transport de l’eau. À Barcelone, l’agence catalane de l’eau chiffrait le coût à 0,60 € par m³ en 2024, soit quatre fois celui des eaux conventionnelles et deux fois celui de la réutilisation des eaux usées traitées.
Deux postes dominent. Sur une grande usine du Moyen-Orient (données Veolia de 2015), l’électricité représente 45 % du coût et l’amortissement de la construction 40 %. La taille joue donc beaucoup : l’IGEDD situe à 35 000 m³ par jour, de quoi alimenter 200 000 personnes, le seuil à partir duquel on peut escompter moins de 1 € par m³ en sortie d’usine. En dessous, les prix grimpent : environ 2,4 € à Saint-Martin, plus de 8 € sur l’île de Sein (distribution en partie comprise).
Où en est l'usine de dessalement de Mayotte ?
L’autorisation environnementale de l’usine d’Ironi Bé est suspendue depuis le 31 juillet 2026, et l’État et le syndicat Les Eaux de Mayotte ont six mois pour corriger trois illégalités. C’est l’autorisation que le tribunal administratif de Mayotte a suspendue, en sursoyant à statuer sur la requête de Mayotte Nature Environnement, France Nature Environnement et du GEPOMAY. Il statuera définitivement ensuite. Début octobre 2026, aucune régularisation n’était annoncée.
Les trois irrégularités : le Parc naturel marin n’a pas été informé des rejets chimiques dans le lagon et la compensation des zones humides détruites est insuffisante ; aucun écran anti-matières en suspension n’était prévu pendant les travaux ; aucune mesure ne protège le palétuvier gros poumon, espèce protégée. Le recours de Sea Shepherd France a été rejeté le 22 juillet pour irrecevabilité, sans examen du fond. Le directeur du GEPOMAY s’oppose à l’emplacement, pas au principe d’une usine de dessalement (Mayotte Hebdo).
Le besoin, lui, est documenté. Avant le cyclone Chido, certaines zones subissaient jusqu’à deux jours et demi de coupures par semaine, et environ 30 % des habitants dépendaient de bornes-fontaines (franceinfo, 25 décembre 2024). Chido a frappé l’île le 14 décembre 2024 : rafale maximale mesurée de 226 km/h à Pamandzi, bilan officiel de 39 morts. Ensuite, la production d’eau est tombée à moins de la moitié de l’habitude, avec des tours d’eau de « huit heures d’eau par jour, deux jours sur trois ».
L’IGEDD chiffre à 2,18 € par m³ le coût prévisionnel de l’eau d’Ironi Bé, soit 3,6 fois Barcelone. Cette comparaison oppose une prévision à un coût constaté, en sortie d’usine, hors tarif payé par les habitants. L’investissement prévu, 94 M€ dont 40 M€ de plateforme pour 10 000 m³ par jour, dépasse 9 000 € par m³/jour, et environ 6 000 € si la capacité monte à 17 000 m³. L’osmose inverse se situe plus souvent entre 800 et 1 500 €. L’IGEDD avance « au moins partiellement » l’acheminement, la sécurité, le logement des techniciens, l’octroi de mer et le manque de concurrence. Le groupement constructeur est mené par Stereau (groupe Saur), qui exploitera l’usine.
Le dessalement est-il forcément carboné ?
Non : l’empreinte carbone du dessalement dépend presque entièrement de l’électricité qui alimente les pompes. L’osmose inverse consomme 2,5 à 4 kWh par m³ d’eau de mer, les usines les plus performantes 2,5 à 3, pour un optimum théorique de 1,1 (IGEDD). La pression à vaincre va de 50 à 80 bars. À l’échelle mondiale, l’IGEDD estime la consommation à 100 TWh par an, soit environ 0,4 % de l’électricité mondiale.
Le calcul change tout selon le réseau. En 2025, la production d’électricité française a émis 19,6 g de CO₂eq par kWh selon RTE, contre 178 g en moyenne européenne. À 3 kWh par m³, cela donne environ 59 g de CO₂ par m³ d’eau en métropole. Avec les 900 g par kWh que l’IGEDD attribue aux centrales au fioul ou au charbon des territoires insulaires, on monte à 2,7 kg : plus de quarante fois plus (ordres de grandeur, calcul Planète Ingénieur). Autre cas : à Hassyan, à Dubaï, Veolia annonce 818 000 m³ par jour à 2,9 kWh par m³, et présente l’usine comme la plus grande alimentée au solaire. Sur le fonctionnement du parc nucléaire en pleine chaleur, voir notre article sur la centrale nucléaire et la canicule.
La France fabrique-t-elle les membranes d'osmose inverse ?
En partie. Veolia produit des éléments d’osmose inverse, et l’IGEDD réclame pourtant une politique industrielle européenne. Suez a racheté l’activité membranes de Lanxess, usine de Bitterfeld (Allemagne) comprise, effective au 1er janvier 2021, pour un chiffre d’affaires 2019 de « bas des dizaines de millions d’euros », surtout en eau saumâtre et industrielle. Cette activité, avec les membranes héritées de GE Water, appartient à Water Technologies & Solutions, passée chez Veolia en 2022. Veolia l’intègre dans ses systèmes, dont des unités d’eau de mer de 100 à 3 000 m³ par jour.
Ce qui n’est pas établi : l’usine de Bitterfeld est-elle active en 2026, où sont fabriqués les éléments, et quelles membranes équipent les méga-usines ? L’IGEDD, elle, juge « souhaitable » une « réelle politique industrielle » pour une souveraineté européenne relative sur les membranes. L’enjeu est un marché d’équipements d’environ 9 Md$ par an, attendu en doublement vers 2032-2034 (IGEDD, d’après Fortune Business Insights). Ailleurs, Toray et Abunayyan ont lancé en novembre 2025 une usine de membranes à Dammam, en Arabie saoudite, pour environ 300 000 membranes par an (Smart Water Magazine).
Côté deeptech française, Ilion Water, créée en février 2025, porte le procédé Viro, associé à Lydéric Bocquet, directeur de recherche au CNRS. La jeune pousse a annoncé le 2 mars 2026 un pré-seed de 3,8 M€, dont 1,3 M€ non dilutifs, et prévoit des pilotes en Île-de-France en 2026 : le procédé reste pré-industriel. Reste à démontrer la consommation du système complet, la durée de vie et la tenue à l’encrassement sur de vraies eaux de mer.
L'eau dessalée est-elle sûre à boire ?
Oui quand le traitement est maîtrisé, avec un risque connu : les bromates. L’IGEDD décrit une eau a priori exempte de micropolluants (pesticides, métaux toxiques, polluants organiques). Les bromates se forment à la désinfection (ozone, chloration), pas dans la membrane, quand l’eau de mer riche en bromures est mal traitée. L’IGEDD les décrit comme très toxiques et cancérigènes. À Saint-Barthélemy, l’eau est restée impropre à la consommation d’août 2018 à octobre 2019.
Côté mer, la saumure est surtout diluée : l’IGEDD juge les impacts généralement faibles et localisés, tout en estimant les risques insuffisamment caractérisés et publics. À Ironi Bé, l’IGEDD cite la destruction de mangroves, et le tribunal a relevé une compensation insuffisante des zones humides.
Pourquoi cet épisode compte
Une usine de dessalement en France se prépare bien avant la sécheresse qui la justifie. Elle suppose au moins 35 000 m³ par jour pour passer sous 1 € le m³, une électricité bas-carbone et un dossier environnemental solide. À Mayotte, le besoin d’eau n’a pas suffi : le dossier juridique a tranché. Pour un industriel, la question des membranes montre qu’un savoir-faire de maître d’œuvre ne garantit pas la maîtrise de chaque composant.
Vous dirigez une entreprise industrielle ou deeptech. Votre technologie est supérieure. Mais vos cycles de vente sont trop longs, vos postes restent ouverts, vos investisseurs ne comprennent pas ce que vous faites.
C’est un problème de visibilité.
Chez Planète Ingénieur, on travaille avec des dirigeants industriels et deeptech pour rendre leur expertise lisible par ceux qui comptent – clients, talents, investisseurs – avec du contenu structuré.
À propos de Planète Ingénieur
Planète Ingénieur, c’est le média qui rend les industriels visibles. Plus de 100 interviews de dirigeants, fondateurs et experts de l’industrie et de la deeptech française, suivies par 58 660 abonnés sur YouTube et 18 991 sur LinkedIn, fin septembre 2026.
Vous êtes dirigeant industriel ou fondateur deeptech et vous voulez partager votre vision ? Vous voulez associer votre marque à nos contenus ? Contactez Matthieu Poulain directement sur LinkedIn.
Épisodes à découvrir
Épisodes à découvrir

Centrale nucléaire et canicule : pourquoi elle ralentit
Centrale nucléaire et canicule : pourquoi un réacteur ralentit quand le fleuve chauffe, ce que RTE a estimé…

Pénurie de turbines à gaz : la bataille pour l’électricité
La pénurie de turbines à gaz bouscule les projets électriques. Comment l’IA, les délais industriels et le financement…

Quel avenir pour l’énergie nucléaire française ?
L'énergie nucléaire émet moins de CO2 que la plupart des sources : bilan carbone, coûts, gestion des déchets…
